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Une petite route à l'écart du bourg d'Arlanc. Des chênes majestueux, une grange en pisé et une maison à ossature bois. Il n'y a pas de doute, si j'en crois les indices donnés par Sacha : me voici arrivée chez celui qui multiplie les graines.
Je m’avance sur le chemin pour mieux embrasser le spectacle qui s’offre à moi. Un camaïeu de verts rehaussé de quelques touches de couleurs vives. Et par endroits, le feuillage qui scintille sous un ciel bleu éclatant. À l’arrière-plan, les monts du Forez imposent une présence rassurante. Soudain, une silhouette émerge des hautes tiges : Sacha s’avance, 32 ans, le sourire franc et la tête coiffée d’une casquette. « C’est la période de plantation », lance-t-il. Depuis que le jeune homme s’est installé sur le territoire d’Ambert Livradois Forez, il n’a pas chômé ! En plus de créer son activité de semences potagères paysannes et reproductives, sa compagne et lui se sont aménagé un petit coin de paradis.
Mais attention à ne pas confondre son métier avec celui de maraîcher, comme il me l’explique avec passion : « Mon but est qu’un légume ou qu’une fleur produise des graines qui germent. Et cela demande une certaine patience… Entre six mois et deux ans pour les plantes bisannuelles, comme le poireau ou la betterave. » Concrètement ? Il faut semer, sélectionner les plants les plus vigoureux, récolter… Puis faire sécher, extraire la graine de sa cosse, trier à la machine. Et, enfin, mettre les heureuses élues au congélateur. Un long processus qui n’incite nullement Sacha à faire l’impasse sur la qualité. Ça serait mal le connaître !
Direction la serre à semis, accolée à la grange. « Je sème 100 graines. Si mon taux de germination est inférieur à 70 %, je ne mets pas en vente la variété. » L’autre grand défi est d’adapter certaines variétés au rude climat du Livradois-Forez avec, parfois, quelques réussites inattendues. Comme ces graines de pastèques habituées à l’altitude : « L’année dernière, j’en ai récolté trois brouettes, des fruits rouges énormes et sucrés qui ont laissé mes voisins sans voix. »
L’APPEL DU VÉGÉTAL
« On a refait le toit de la grange qui était tombé, et on a construit une maison ronde de 50 m² à ossature bois », glisse-t-il avec fierté. Car avant de cultiver les semences, Sacha a d’abord appris à manier la truelle. Originaire de la plaine du Forez, il a suivi un CAP Maçonnerie en éco-construction à Olliergues, et monté une microentreprise en charpente et maçonnerie. Mais un voyage en Amérique du Sud quelques années plus tôt a fait germer en lui une envie qui ne l’a jamais lâché : travailler le végétal.
« Après l’achat du terrain à Arlanc et la construction de notre maison, je me suis dit que c’était le moment. J’ai suivi une formation agricole à Clermont-Ferrand, fait des stages chez des semenciers et des maraîchers locaux, puis je me suis installé », me raconte-t-il. Aujourd’hui, il entame sa troisième saison, prêt à distribuer ses « Semences du Livradois-Forez » aux quatre coins du territoire, et même au-delà.
DES BROUETTES DE PASTÈQUES
Dans son laboratoire à ciel ouvert composé de rectangles multicolores, Sacha cultive une soixantaine de variétés de légumes et de fleurs – toutes reproductibles, biologiques, et souvent anciennes. Il y a des plantes rampantes, des fleurs à bouquets, des espèces médicinales, et des variétés peu connues, comme ce calendula aux pétales blancs et rouges. Sans compter les nombreux légumes savoureux…
UNE QUÊTE DE SENS COLLECTIVE
Mais sous ses airs détendus et sa bonne humeur, Sacha mène un vrai combat. « Au niveau mondial, cinq entreprises détiennent 80 % du marché de la semence ! Des géants qui produisent des espèces hybrides non-reproductibles dans des conditions souvent précaires pour leurs employés, et qui obligent les agriculteurs et les particuliers à racheter des graines chaque année. »
Pour le jeune homme, l’enjeu est donc de garantir l’autonomie du territoire, en s’émancipant d’un système capitaliste. Et dans cette quête de sens, il n’est pas seul. Au fil des années, il s’est construit un réseau sur lequel il s’appuie : il y a les agriculteurs du coin et ses voisins qui lui donnent un coup de main, sans oublier le réseau Bio 63 et la Fédération régionale d’agriculture biologique. Sacha est également membre de la Confédération paysanne, et il n’hésite pas à échanger des heures de travail avec d’autres jeunes agriculteurs et agricultrices qui s’installent. « Ça nous permet d’être moins seuls et de s’entraider sur des gros chantiers. »
Aujourd’hui, à force de patience et de travail, près de 50 heures par semaine, Sacha vend ses « graines magiques » (comme l’un de ses clients les a joliment baptisées) sur les foires, les marchés de Noël, auprès de commerces locaux et en direct via un catalogue. Même avec la création de son nouveau site internet, il souhaite conserver ce lien de proximité avec sa clientèle. On peut le contacter par mail ou, encore mieux, par téléphone, car comme il le rappelle avec bon sens « ici, les anciens qui font le jardin galèrent un peu avec Internet ».
Ainsi, au-delà des petits sachets qu’il prépare minutieusement, c’est une véritable philosophie de vie que Sacha sème à tout vent. Celle d’un retour à l’essentiel, au rythme des saisons et à la solidarité locale. Une petite graine qui pousse et qui donne (déjà) des idées… Mais qu’est-ce que je vais bien pouvoir planter dans mon potager ?