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Énergies positives > La passion en format panoramique

Portait de Jacques Charrat, Collectionneur — La Grange à images (cinéma, photographie, appareils anciens)

Jacques Charrat

"Ce qui nous a attirés et fait rester dans le Livradois-Forez, c'est l'accueil chaleureux et les rencontres qui nous ont permis de développer de nombreux projets autour de l'image. Expositions, conférences..."

Il a le sourire enfantin de celui qui collectionne
les trésors. Et comme un enfant incapable de tenir sa
langue, il adore parler de ces objets d’un autre temps.
Lui, c’est Jacques. Et il m’accueille avec un éclair
de malice dans les yeux : “ Bienvenue à la Grange
à images! ”

Saint-Amant-Roche-Savine. Une grange isolée. Pas d’enseigne, pas de panneau. L’adresse se mérite – elle se transmet à la demande, tel un secret bien gardé. Et ceux qui la connaissent en ressortent les yeux grands ouverts. Poutres, parquet, étagères chargées… Je suis accueillie par une odeur de bois. Progressivement, dans la pénombre, les formes émergent. Des appareils photo argentiques. Des lanternes magiques. Des lithographies. Un théâtre d’ombres chinoises. Mais aussi des projecteurs et caméras, en veux-tu en voilà. Je déambule, je m’arrête, je me penche, au détour de ce cabinet de curiosités totalement atypique.

AUX ORIGINES D’UNE COLLECTION

Commençons par rembobiner. J’aimerais savoir comment ce jeune retraité à l’allure fringante est devenu incollable sur l’histoire du cinéma, et plus largement, de l’image. « Déjà jeune, je faisais de la photo. Prises de vue, développement noir et blanc, tirage… Et puis, il y a un peu plus de 40 ans, j’ai commencé à collectionner les appareils photo. Un attrait qui s’est vite transformé en passion. » Jacques tombe alors dans la marmite du cinéma, se mettant en quête de matériels signés par la Maison Lumière. Je comprends pourquoi : il suffit de l’écouter cinq minutes pour avoir envie de tout savoir.

« J’ai commencé par me spécialiser dans les créations techniques de la famille Lumière. Est-ce qu’ils ont vraiment inventé le cinéma ? La question est débattue. Mais une chose est sûre, ils ont créé le Cinématographe ! » À ce mot, les yeux de Jacques s’illuminent : « J’ai eu l’immense chance de pouvoir en acquérir un. » Le hic ? Cette période faste pour les Lumière ne dure qu’une dizaine d’années. Jacques a donc développé d’autres collections pour étancher sa soif de collectionneur, à commencer par Pathé. « En France, ils ont transformé le cinéma en industrie et fait rentrer le cinéma chez les particuliers, avec la sortie en 1922 du projecteur Pathé-Baby. Le premier système de cinéma amateur grand public. »

LE LIVRADOIS-FOREZ COMME DÉCOR IDÉAL

Je jette un œil à la rangée de sièges de cinéma contre le mur. L’envie de les déplier et de m’y installer me titille… Plus que les films, même s’il en a un paquet dans sa grange de 80 m², ce sont en effet les objets et les mécanismes qui fascinent Jacques. Voilà pourquoi sa collection est composée majoritairement de projecteurs, de caméras, mais aussi de revues, de livres et de catalogues, pour mieux contextualiser et comprendre ces avancées techniques. Et puis, c’est aussi la transmission et le partage qui l’animent. Par exemple, en 2025, pour les 130 ans du Cinématographe, il s’est mis en tête d’organiser un évènement. Ni une ni deux, il contacte le ciné-club d’Ambert et réussit à organiser une projection, avec l’arrière-arrière-petit-fils de Louis Lumière à la manivelle du Cinématographe familial et des films prêtés par l’Institut Lumière. Rien que ça !

Mais au fait, comment Jacques a-t-il atterri au cœur du Livradois-Forez ? Je vous le donne en mille : grâce au 7ᵉ art. C’est un ami, lui aussi passionné par l’image, qui fait découvrir la région à Jacques et à sa femme. Le coup de cœur opère. En 2019, ils achètent une maison à Saint-Amant-Roche-Savine. Ce qui devait être une résidence secondaire s’impose vite comme une évidence, et depuis 5 ans, une fois à la retraite, le couple y pose définitivement ses valises.

C’est là que la grange attenante entre véritablement en scène : Jacques l’aménage minutieusement pour y exposer ses trésors et l’enrichir sans cesse de nouveaux matériels. « Même si un jour, il faudra que je pousse les murs ! » La bonne nouvelle, c’est que depuis deux ans, La Grange à images est ouverte au public. Une occasion unique de plonger dans l’histoire de l’image, guidé par un passionné à l’enthousiasme communicatif. Le maître des lieux précise : « Évidemment, l’idée n’est pas de faire une présentation « catalogue », ce serait rébarbatif. Je partage une histoire émaillée d’anecdotes, centrée sur les hommes et les femmes qui l’ont faite. »

LA PETITE HISTOIRE DANS LA GRANDE

Et des anecdotes palpitantes, Jacques en a à revendre ! Comme cette fois où il déniche sur Leboncoin une caméra Étoile d’or, commercialisée en 1938 par Pathé. Un modèle tellement rare, jamais photographié, qu’on n’en connaît aujourd’hui que quatre exemplaires au monde. Le scénario de cette trouvaille ? « En janvier 1938, une commande de 500 caméras est passée à un fabricant autrichien. Mais avec les prémices de la Seconde Guerre mondiale, les industries sont rapidement reconverties. Un seul et unique lot arrivera en France… Et c’est l’une de ces reliques rescapées de l’Histoire qui trône aujourd’hui à Saint-Amant-Roche-Savine. »

Aujourd’hui, Jacques a tissé des liens forts avec des amateurs de cinéma et des acteurs culturels du territoire. Il fait partie du Club Niépce Lumière et du Club des Collectionneurs du Cinématographe. Et ce qui réjouit le plus notre collectionneur, c’est de voir que la magie opère toujours à l’ère du numérique. « Ce qui me rassure, c’est qu’il y a des passionnés, et même des jeunes, qui sont attirés par l’expérience de la salle obscure, et qui ont envie de voir ou même de tourner des films en argentique. » Coupez, c’est dans la boîte ! Pour vous du moins, car pour ma part, je crois que je vais rester encore un peu… Promis, juste le temps d’une histoire ou deux.