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Nous filons sur la départementale le long de la zone industrielle. Entre Gedimat et Bâti Brico s’élève le témoin d’un passé français : la cheminée en brique rouge. À hauteur du numéro 100 nous sortons et trouvons le Moto Club Livradois.
D’ABORD FAIRE BÉNIR LES MOTOS…
Nous poussons la porte d’un bâtiment bas et long bardé de bois. Odeurs d’aggloméré dans un espace propre et rénové. Naïvement, je me faisais une idée plus grasse d’un moto club. Nous ne verrons pas les motardes cuirassées et n’entendrons pas rugir les moteurs mais l’ordre et le soin apportés au local témoignent des efforts d’une importante communauté. À l’étage est aménagée une salle de réunion digne d’une banque suisse avec tables en U, paperboard et vitrine exposant les riches heures du club : trophées, médailles, programmes de courses, le tout dûment scellé par des cadenas. Alors que j’admire une très grosse coupe d’argent montée sur un socle en bois tourné à la main où se lit sur une plaque la mention « MC – 1956 », le Président raconte une vraiment drôle d’histoire : le club est né dans les années 50 sous l’impulsion de l’abbé Coste qui menait un groupe au départ d’Ambert jusqu’à Rome pour faire bénir les motos. Okaaaay…
… PUIS FAIRE ROULER LES MEILLEURS PILOTES
Ah oui, au fait : Stéphane Duret est président du club depuis 17 ans. Nous allions oublier de le présenter pour une raison simple : il est absolument normal. Silhouette normale, Stan Smith aux pieds, jean Levis, sweet à capuche gris, cheveux sans peigne, lunettes de vue. Stéphane a 48 ans mais nous gagerions qu’il était tel quel à 38 ans et qu’il sera tout semblable à 58 ans. Il est juste à sa place – ou à sa juste place – « plus organisateur que pilote ». Lui, ce qui le fait vibrer, c’est l’organisation. Si, si, vous avez bien entendu : l’organisation. « Le travail de l’ombre peut être un peu pénible mais le jour J… quand on voit toutes les pilotes arriver, c’est… waouh ! », confie celui qui travaille sans relâche à la notoriété du club. « Les meilleurs pilotes du monde sont venus rouler ici. Je pense à Stéphane Peterhansel ou à Richard Sainct, mais aussi aux guests comme Guillaume Canet. » Comme cette évocation me laisse de marbre, il ajoute quelques noms de gloires locales : « Alban Dauphin, Yoan Voldoire, Pierre-Yves Artaud, Maximilien Gourgouillon , Corentin Poutignat : ces jeunes ont commencé ici et sont arrivés au plus haut niveau ». Bon OK, le Moto Club Livradois, c’est du lourd.
COMMENT LE CLUB A RÉUSSI SON CHANGEMENT D’ÉCHELLE
Mais alors comment est-on passé de « bénir les motos » à « faire rouler les championnes » ? « Nous sommes dépositaires d’un immense savoir-faire reconnu par les fédérations, très peu de clubs français sont capables d’en faire autant… La Rand’Auvergne, par exemple, c’est 600 participantes et 600 bénévoles mobilisées pendant trois jours depuis 33 ans. Il faut du monde pour tracer, contrôler, servir, soigner, désinstaller. Sans compter les inscriptions… cette année, nous avons reçu 1 100 demandes pour 400 places. Nous allons favoriser celles et ceux qui viennent de loin – les Belges, les Corses, les Bretonnes, les Allemandes, les Anglaises – et demander aux pilotes des environs de venir aider. » Ainsi, pendant l’ère Duret, le moto club a-t-il organisé deux championnats de France et un championnat du monde d’enduro, ainsi que deux championnats de France de trial. En septembre 2023, Stéphane et son équipe accueilleront le championnat du monde de trial sur le territoire.
LE TERRITOIRE, L’ENTRAIDE ET LE FEU DE LA MOTIVATION
Je reconsidère le président d’un œil neuf : cet homme est-il vraiment normal ? Lui aussi est un compétiteur : il remporte ses victoires sur le plan administratif. On réalise que sa capacité à fédérer est d’autant plus énorme que le club n’emploie pas de salariée. « Je me sens très soutenu par l’équipe, je délègue beaucoup », s’empresse d’ajouter l’hyper président qui confesse qu’avec « 100 % de bénévolat, c’est quand même un peu tendu ». Les recettes sont redistribuées aux bénévoles sous forme de repas annuel – près de 800 invitations – mais aussi sous forme de cadeaux de marque, de stages et d’aide aux pilotes. Il existe toute une économie locale, et même forestière, autour du club. Avant de partir, Stéphane Duret remercie les nombreux soutiens qu’il reçoit avec une spéciale dédicace aux pilotes : « Pour continuer à rouler, il faut organiser »