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Énergies positives > Roland Touril

Portait de Roland Touril, Les arts du cirque ou l’art de se découvrir soi-même

Roland Touril

Enfant de la balle ? Roland ne l’était pas. En arrivant impasse de Terre rouge à Ambert, on s’apprête à rencontrer un outsider. Ce fils d’agriculteur sans relation avec le milieu a posé ses valises à Valcivières, a monté son chapiteau et enseigne les arts du cirque. Bravo maestro !

Nous tournons à l’angle de l’ancien centre équestre sur la départementale, et nous garons rapidement sur un terre-plein. Devant nous, un ensemble bâti bien entretenu. Nous posons pied à terre et humons l’air vif. Le vent transporte des odeurs de foin. Au loin, les nuages en bande caressent les flancs de Valcivières quand déboule un grand chiot couleur de hyène. Suivi de près par son maître : Roland Touril, la quarantaine juvénile. Jean, baskets et boucle d’oreille à plume. « Bonjour ! Vous venez pour le portrait ? » Oui, c’est bien ça. « Je vous attendais. » Nous nous serrons la pince tandis que la jeune chienne, Ulule, un berger auvergnat de trois mois, sautille joyeusement autour de nous. « Ne vous inquiétez pas, elle est gentille comme tout. » Roland commence à nous entretenir du domaine où il a établi son activité J’peux pas. J’ai cirk, elle aussi toute jeune

LE PLUS GRAND CHAPITEAU DU MONDE
« Je vous montre le chapiteau ? » demande-t-il. Nous contournons la bâtisse et découvrons une grande tente multicolore. Alors qu’il nous invite à pénétrer dans ce temple, Roland a des étoiles dans les yeux. « Un rêve de gosse », inutile de préciser. D’occasion trouvé sur leboncoin, le chapiteau appartenait à une école de cirque qui a grossi. Nous espérons secrètement que c’est un bon présage. La mairie lui a prêté le terrain pour qu’il puisse développer son activité dans un lieu propre. « Ça va me permettre de diminuer le temps passé sur la route et au montage/ démontage du matériel. » Mais oui, d’ailleurs : où est le matériel ? « Venez » dit Roland que nous suivons jusqu’au parking, précédés de sa chienne.

UNE ÉCOLE DE LA CONFIANCE
« C’est un Hyundai, le camion. Il est rallongé, avec une remorque de 2,30 mètres. » Roland commence à ouvrir portières et caisses. Méticuleusement, il sort le matériel et nous explique l’usage de chaque objet : tapis, bascules, cerceaux bleu et rouge, monocycles, balles et anneaux, cordes et tissus. « C’est ultra physique. On travaille la souplesse, le gainage, toutes les parties du corps avec un muscle. » Roland aime aussi le « partage, l’entraide qu’on va s’apporter les uns les autres. Tout le monde peut s’inscrire. Il faut apprendre à se connaître, se découvrir. Quel que soit l’âge des personnes, je m’adapte à l’envie, à la morphologie.

ASPIRATION ET TÂTONNEMENTS
Quand tout est remballé, on s’assoit à l’arrière du camion. Une aura de mystère nimbe le quadragénaire. Où était-il avant et que faisait-il ? Pourquoi avoir attendu vingt ans avant de réaliser son rêve ? Roland répond : « À 20 ans, j’ai su que je voulais travailler dans le cirque, le BISAC* était pour moi. Je suis allé à Paris, j’ai rencontré Monsieur Italo Medini. Je savais un peu jongler, un peu marcher sur une boule. Je lui ai dit : prenez-moi, et il a dit : OK. J’ai eu mon brevet, mais je n’étais pas du sérail. Je n’ai pas trouvé de travail. » À partir de là, Roland enchaîne divers boulots alimentaires, voyant s’éloigner chaque année davantage la possibilité de réaliser son rêve.

UNE NOUVELLE FAMILLE DE CIRCASSIENS EST NÉE
Mais chacun sait, au fond, que l’eau n’oublie pas son chemin. En 2019, Roland loue une maison à Valcivières, attiré par le territoire d’Ambert Livradois Forez qu’il a découvert en vacances chez son frère. Puis, en 2020, il teste son projet dans le cadre de l’Université populaire. « J’ai démarré à Valcivières dans la salle municipale. Comme ça marchait, je suis allé voir à Arlanc. Ça a marché aussi. Alors j’ai essayé la Chaise-Dieu, puis Saint-Anthème en 2023. Et ça marchait toujours. » Maintenant, l’école reçoit le soutien de la Communauté de communes pour promouvoir le festival des arts du cirque Les Folie’s Cirkus, à Valcivières. Prochaines étapes ? « Depuis l’an passé, mon école est affiliée à la Fédération Française des Écoles du Cirque. Mon idée, c’est d’ouvrir une spécialisation : une école professionnelle qui délivre le BISAC ou le brevet professionnel. »