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C’était il y a tout juste vingt ans. Après avoir restauré un mas en Provence, avec son épouse Catherine, Philippe Hugot est devenu en 2005 l’heureux propriétaire du château de Mons à Arlanc, son “ paradis“ où il vit à l’année et qu’il se passionne à entretenir, restaurer et partager.
En cette mi-mars, le soleil nous réchauffe ce matin lorsque Philippe Hugot, vêtu d’un pull en laine et d’un pantalon de velours côtelé, nous ouvre tout sourire les portes de son trésor d’architecture de style italien. L’immense bâtisse, construite sur les bases d’un château médiéval du XIe siècle, surplombe le village d’Arlanc, un peu à l’abri des regards, caché dans la forêt. Autour, le parc clos de 8 hectares est agrémenté de jardins italiens de toute beauté. Le châtelain nous invite à prendre place dans l’une des nombreuses pièces. Le salon de 70 m2 est imposant avec sa grande cheminée Renaissance allant jusqu’au plafond à 5 mètres de haut, ses meubles surannés et une dizaine de tableaux anciens ou plus modernes, notamment de Provence. Le soleil baigne la pièce par la grande fenêtre qui donne sur la cour. Philippe est ravi de nous faire découvrir son univers : « Je n’aurais pas pu acheter ce château si je n’avais pas été bricoleur. Ici, c’est moi qui fais tous les travaux. Sauf le toit parce que j’ai le vertige… Un comble pour un ancien commissaire lieutenant-colonel de l’armée de l’air », s’amuse-t-il.
UN RÊVE D’ENFANT
L’ancien militaire, la soixantaine dynamique, partage avec son épouse – son amour de jeunesse rencontré à Angers et devenu professeur de droit – le goût pour la nature, le silence, le patrimoine et la musique, une discipline sacrée. Ensemble, ils cultivent pendant des années un rêve de château avant de le réaliser. « Nous habitions à La Roque-D’Anthéron où il y a un festival de piano, mais nous souhaitions vivre dans une région écologiquement plus favorable avec une tradition musicale comme celle de La Chaise-Dieu avec son festival de musiques sacrées. Le château était en vente depuis deux ans. Ce qui nous a motivés, c’est l’environnement, loin de la route, autant que le bâtiment qui était en bon état, hormis des travaux de décoration ou de peinture. Mais repeindre les fenêtres et portes quand il y en a cent, devient vite un travail colossal ! » Philippe a même découvert qu’une pièce entière de 90 m2 était encore en terre battue : « Nous l’avons recouverte de pierres ». Puis des tonnes de béton, déversées alors que le château servait de colonie de vacances et plus récemment de restaurant, ont été retirées pour mettre en valeur la pierre d’origine. À la recherche de l’authentique.
RETROUVER LE CÔTÉ HISTORIQUE
« Ce qui m’intéresse, c’est de mettre en valeur le côté historique, le château tel qu’il a été conçu au XVIII e siècle ». Par hasard, Philippe a retrouvé le tableau du château enroulé dans un coin du grenier, une œuvre de 1690 représentant la bâtisse qui s’inspire d’une maison de Médicis, La Peggio. Il a fait restaurer le tableau qui était très endommagé. Autre coup de chance, un libraire parisien spécialisé dans les manuscrits lui a confié le manuscrit de l’ancien propriétaire des lieux, le Comte de Reynaud de Mons, un document datant de 1730. « Il y décrit dans les détails comment il a refait le château, le nom des ouvriers, leurs salaires, les fruits qu’il a cultivés… » Les Hugot ont fait agrandir certaines pages pour les afficher dans l’orangerie. Ils ont ensuite restauré les jardins à l’italienne, comme décrits dans le tableau et le manuscrit, montants, réguliers, tracés au cordeau : la partie haute dédiée aux arbres fruitiers et légumes, la partie basse aux topiaires, ces arbres taillés en formes diverses et variées. Puis, en 2012, comme pour réparer l’oubli, le château a été inscrit au titre des Monuments historiques.
UNE BELLE COLLECTION D’ESTAMPES
La visite, animée par l’hôte des lieux, nous plonge dans l’histoire du château au fil du temps, de ses premières traces au XI e siècle jusqu’à sa transformation début XVIII e. Après la Révolution, une famille de denteliers accentue son style italien, avec notamment une décoration de plafond de 75 m2 réalisée par un maître italien spécialisé dans les effets d’optique. Philippe nous fait aussi découvrir sa riche collection d’estampes, du Moyen Âge au XVIII e siècle. Une passion liée à sa terre d’origine, Angers, un pays de châteaux et… d’estampes. « Les estampes sont souvent présentées comme un objet d’art, mais elles sont avant tout un mode de communication. Dans le passé, ces images imprimées étaient diffusées par des colporteurs. J’aime faire découvrir ce monde y compris aux plus jeunes, à travers des jeux de découverte. » 350 estampes sont encadrées et une nouvelle salle est désormais consacrée aux mangas. Intarissable sur le sujet, Philippe donne chaque mois des conférences sur les estampes au Moulin de Nouara, dans le cadre de l’association Le Bief qui fait rayonner la culture sur le territoire. Le propriétaire anime lui-même les visites guidées du château où il se plaît à dérouler son histoire au fil des siècles, à travers l’Histoire de France, des jardins et l’histoire locale : « C’est important de partager ce patrimoine ».
À l’extérieur, un jardin des simples a été aménagé l’an dernier avec une centaine de plantes médicinales. D’ici deux à trois ans, il sera possible de venir séjourner dans le gîte en cours de création dans l’ancienne dépendance du château. Car le souhait de Philippe, par-dessus tout, c’est de partager son « paradis ».