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Énergies positives > Mélissa Lack

Portait de Mélissa Lack, Le soin thérapeutique au service des plus fragiles

Mélissa Lack

Le Monestier, j’éteins le moteur. Dehors le silence est saisissant. Le paysage alterne des massifs boisés, des prairies et des hameaux en grappes à perte de vue. On le dirait mis en ordre par des mains habiles. Flamboiement de l’automne, brise légère et blancs cailloux.

Mélissa Lack – slim noir, platform shoes, t.shirt et surchemise – a 23 ans. Elle m’accueille dans un local municipal empli de matériel d’esthétique. Je m’assois sur la chaise. Petite table avec lampe, limes, laques multicolores, machine à UV, ciseaux, cleaner, dissolvant, crème, pinceaux ronds, serviette et coussinet d’une propreté impeccable forment le bar à ongles. Je chasse la pensée réconfortante d’une manucure, sors carnet et stylo tout en questionnant mon sujet : promotion d’une nouvelle esthéticienne au Monestier, ou vitalité d’un territoire rural

LA SOCIO-ESTHÉTIQUE, LE SOIN COMME MÉDIATION
« Ma spécialité, c’est l’esthétique comme soin de support », se lance Melissa impatiente de commencer l’interview. « J’interviens dans les structures sociales et médico-sociales auprès des personnes fragilisées par des traitements, des handicaps ou l’isolement ». Ah bon ? Alors ce n’est pas juste pour se faire belle ? « Avec mes soins j’améliore l’image de soi des personnes, et c’est très important pour les aider à faire face aux difficultés. Ça joue sur l’estime de soi », explique la jeune femme qui déplore que ses interventions ne soient pas remboursées par la Sécurité sociale. « En socio esthétique, il n’y a pas de protocole. On s’adapte à la personne comme elle est ce jour-là. On prend le temps de sentir les choses avant de commencer le soin. Par exemple je ne me lance pas dans un soin de deux heures quand je sens que, pour une personne, vingt minutes c’est déjà long ». Soignante, médiatrice… je commence à comprendre : Mélissa joue un rôle social.

QUAND LES PLANÈTES S’ALIGNENT…
La socio-esthétique est un métier méconnu que Mélissa a découvert grâce à la Mission locale alors qu’elle était en panne d’orientation. Cette « révélation » lui a donné une motivation hors du commun pour accomplir en une année au lieu de trois le parcours scolaire du CAP avec la spécialisation. Sa trajectoire est irrésistible : à peine le diplôme en poche, sa formatrice et tutrice de stage lui cède sa place au foyer de vie de Cunlhat où elle travaille à 70 % depuis décembre 2020. Une chance inouïe pour un emploi si rare, d’autant plus que Mélissa ne s’imaginait pas vivre ailleurs : « J’ai grandi ici et je ne me voyais pas du tout partir dans une grande ville. Nous, on veut une maison en pierre, un jardin… Et puis ici tout le monde se connaît, alors j’ai un super bouche-à-oreille. » En parallèle, elle développe une activité libérale « en esthétique pure, on ne va pas se leurrer », même si son objectif est d’arriver à faire uniquement de la socio-esthétique.

UN RÊVE DE CAMION POUR ALLER VERS TOUS « Mon rêve ? Aller à la rencontre de tous les gens qui en ont besoin pour lutter contre l’isolement, offrir une écoute non médicalisée, discuter, les soulager par le contact, le toucher, valoriser leur image ». Mélissa est lancée, on ne l’arrête plus. « Je voudrais créer des partenariats avec de nouvelles structures en plus du foyer, de la Ligue contre le cancer ou de l’EHPAD Les Versannes à Job. Mais surtout j’ai un énorme projet, c’est un rêve. Clairement. Celui d’avoir un camion aménagé pour aller voir les personnes éloignées du soin et mettre mes prestations à leur portée. » Et là, cent mille étoiles scintillent dans les yeux de Mélissa alors qu’un ange passe dans le petit local aux normes PMR*. Elle commence à parler financement avant de ranger le sujet dans un tiroir mental, bien au chaud. Assez bavardé, il est temps pour Mélissa de rejoindre son prochain rendez-vous à domicile, impatiente et fière de pouvoir aider une nouvelle personne isolée.