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Énergies positives > François Philibert

Portait de François Philibert, Cultive un regard d’enfant à Prabouré

François Philibert

PARC D’ACTIVITÉS DE MONTAGNE DE PRABOURÉ
Lieu-dit Prabouré, 63660 Saint-Anthème

Après 7 kilomètres de route sinueuse en pleine forêt, nous débouchons sur un parking bétonné de 500 places : station de Prabouré, fin de la route. Bout du monde ensauvagé aux portes des Hautes-Chaumes.

« Il y a juste un camion qui arrive, je vois avec le chauffeur et je suis à vous ». François Philibert, le directeur de la station, n’est pas en costard mais en tenue de chantier. Pantalon multipoches et chaussures de sécurité. Nous sommes le 26 octobre, il est 8h50. Deux téléskis, une immense tour, une tyrolienne et des filets aux arbres accrochent le regard. Nous humons des odeurs de terre fraîche, retournée. Des trouées de ciel bleu embrasent les feuillus jaunes. Il fait 4°C.
« L’avant-saison à Prabouré, c’est des chantiers de terrassement, de raccordement électrique, de barrières à neige… » commente François. Nous entrons dans un chalet en bois. C’est le snack. Le bureau est aménagé dans l’arrière-boutique. Le directeur s’excuse, il faudra écourter l’entretien car il remplace au pied levé un technicien en réunion tout à l’heure. Nous dégainons aussitôt de la poche notre liste de 37 questions.

FRANÇOIS ET LE SENS DU TIMING
Tout a commencé à l’été 2008 : alors qu’il est en vacances dans sa région natale, près d’Ussonen-Forez, il tombe nez-à-nez avec son maître de stage qui lui propose de le remplacer. François démissionne de l’Office national des forêts où il travaillait en Haute-Marne. « Ce n’est pas du tout mon pays, je ne m’y sentais pas si bien » explique celui qui a « tout de suite accepté l’offre ». On lui avait dit : tu verras, Prabouré c’est la fin, ça ouvre quelques jours par an, il n’y a plus de neige… « Et l’hiver 2008 fut l’hiver du siècle ! Nous avons ouvert de novembre à avril, nous étions refaits » explique le directeur. « Nous avions besoin de ces recettes car la station souffrait d’un manque d’investissement. C’est vous dire : deux des trois téléskis n’étaient même pas électrifiés ! Ils tournaient avec des moteurs thermiques hors d’âge qui démarraient plus ou moins, ne chauffaient pas les cabanes des saisonniers… d’ailleurs l’un d’eux a tout de suite lâché ».

STABILISER LA GOUVERNANCE, TROUVER LE MODÈLE ÉCONOMIQUE
Treize ans plus tard, la petite station auvergnate affiche une forme insolente. Alors, que s’est-il passé ? « La réalisation dont je suis le plus fier est la création de la SEM en 2012 avec la Communauté de communes de la Vallée de l’Ance. C’est une société de droit privé qui simplifie la gestion. Nous n’avons pas les contraintes du public, nous sommes plus flexibles pour aller plus vite sur les projets » répond François du tac-au-tac. « Pour moi, c’est vraiment l’acte fondateur ». Puis il balaie la période qu’il découpe en deux parties : « De 2008 à 2012, nous avons renforcé l’offre hivernale, et après 2012 nous avons développé une offre d’été. Aujourd’hui celle-ci permet de maintenir l’activité d’hiver qui est beaucoup plus aléatoire » enchaîne-t-il en regardant distraitement un téléphone qui s’est mis à sonner.

UNE OASIS AU MILIEU DU DÉSERT
François développe son idée comme on tire un fil : « La saison estivale est forte, stable, voire en progrès chaque année. Avec la tour panoramique, nous venons de faire notre plus gros investissement : 850 000 € ! Ce n’est pas rien… Ce type de projet ne serait pas possible en s’appuyant seulement sur la saison hivernale ». Mais alors, l’hiver à Prabouré, c’est vraiment fini ? « Ici, on est tous fans du monde de l’hiver » sourit François.
« Imaginez un peu : d’octobre à mars on est en plein désert, y’a rien. Soudain il neige et c’est blindé, on vend 700 forfaits dans la journée ! Ça nous fait vibrer… »

AVEC OU SANS NEIGE, ON SAIT FAIRE
Le directeur est complètement tranquille. Il a plein d’arguments pour démonter l’idée reçue selon laquelle l’avenir des stations de moyenne montagne est lié à l’enneigement. Il rappelle que l’année de construction des principaux téléskis, Prabouré n’a pas vu tomber un seul flocon ! C’était en 1963. « Aujourd’hui, beaucoup de massifs commandent des études avec des climatologues sur la base des projections du GIEC pour connaître la durée de vie de leurs stations. » Mais lui n’est pas fan. Il préfère s’appuyer sur sa compagne qui travaille à ses côtés depuis dix ans. « C’est crucial », souffle-t-il avant de file