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Le Montel, un hameau sur les hauteurs de Novacelles à 900 mètres d’altitude. Bois noirs et vastes cieux changeants. Nous posons pied à terre et avançons jusqu’à la grange. Fleur, 26 ans, nous attend en combinaison de chantier.
À côté d’elle, Guillaume, son mari. « Bonjour », « bonjour ». La maison n’est pas chauffée, aussi nous installons-nous au soleil entre une tranchée de phytoépuration et un ensemble disparate de matériaux de construction. Face à ma mine inquiète, Fleur dit « j’ai toujours rêvé d’avoir une maison avec plein de travaux pour l’aménager et penser les espaces de vie comme j’aime ». Ouf ! Le cauchemar se dissipe. Plutôt grande, Fleur présente un mélange curieux de timidité et d’assurance. « Mes parents sont venus vivre à Saint-Bonnet-le-Chastel quand j’avais 6 ans. Comme je suis fille unique, je passais beaucoup de temps seule avec les animaux », explique-t-elle tandis que quatre chats et un chiot se frottent à nos pattes. D’un autre côté, Fleur est partie de chez elle à 15 ans se disant alors : « Si je reviens vivre ici, c’est que j’ai raté un truc. » Tous les possibles étaient ouverts pour la jeune femme en quête d’ailleurs qui s’est formée à l’ébénisterie dans le Jura, puis aux beaux-arts à Brest.
COMME UN GOÛT D’ENFANCE
« Contrairement à ce que j’imaginais, je n’ai pas du tout aimé la ville. Et la mer avec l’univers marin ne m’a pas vraiment plu », se souvient Fleur. Après huit ans d’études supérieures, elle choisit de revenir sur Ambert Livradois Forez – où elle a rencontré son mari – et de retaper un corps de ferme à l’abandon depuis 100 ans. « Ce sont les paysages qui m’ont ramenée ici, les petits coins secrets, la possibilité d’être seule mais aussi de voir plein de monde en été. » Elle trouve « super intéressant » le mélange « des gens du coin et des néo-ruraux ». Passionnée par l’habitat, Fleur a aussi été sensible au « prix des maisons » et au « patrimoine super authentique, super simple ». Face à nous, la grange massive et rustique témoigne de cet héritage.
L’ART ET LA MANIÈRE D’HABITER
C’est son projet de fin d’études qui l’a ramenée au village. Il fallait choisir un sujet de design en lien avec l’actualité sociale et environnementale sur lequel elle allait travailler pendant deux ans. Elle s’est alors demandé « comment un village pouvait passer de 2 000 à 250 habitants en à peine trois générations » et a investigué. Puis elle a choisi un lieu en forêt où construire une cabane mêlant « design, architecture et artisanat » : un projet en lien avec les habitants et la ressource bois présente en abondance sur le territoire. « La coupe et la transformation des arbres sur place ont entièrement été effectuées au sein du village dans l’atelier familial » précise-t-elle. C’est à ce moment-là que Fleur s’est qualifiée pour entreprendre la rénovation d’une véritable maison, la sienne.
UN CHANTIER À QUATRE MAINS, BIENTÔT
SIX Tout de même, nous demandons à visiter le chantier. Nous entrons dans la grange où il fait plus froid qu’à l’extérieur, et faisons attention où nous mettons les pieds – ici des câbles, là des montants en bois – tout en levant le nez. Fleur parle avec intérêt. « C’est une grange banale, commune. Avec une boîte dedans qui est la partie habitation. Nous avons conservé les volumes, juste un peu agrandi les pièces, mais ça reste intimiste, bas de plafond comme un cottage anglais », note Fleur qui a vécu ses jeunes années dans la banlieue de Londres. Et le choix des matériaux ? Écologique, of course ! « Nous travaillons tous les week-ends dans la maison parce qu’en septembre… », et nous comprenons que le couple attend un enfant. La maison, en effet, peut en accueillir quelques-uns avec 100 m² de surface au sol, un étage et un grenier
DESIGN DE MOBILIER ÉCO-CONÇUS
Pour autant Fleur imagine plutôt « un ou deux moutons pâturer le champ dessous » dans quelques années. La famille nombreuse n’est pas le projet. « Je ne veux pas m’enfermer, j’ai besoin que l’avenir reste ouvert » dit-elle en jetant un coup d’œil à l’autre grange effondrée plus loin sur le terrain. Nous flairons que le chemin se poursuit à l’endroit de cette ruine. « On ne peut pas y aller pour le moment, mais plus tard… j’aimerais en faire un atelier et créer mes propres pièces de mobilier, éventuellement les vendre en collection limitée » confie à voix basse celle qui ne s’interdit pas de faire un doctorat pour mettre en forme ses réflexions sur l’habitat et le patrimoine local. Mais chaque chose en son temps.