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Lieu-dit Cibertasse, à l’est de Vertolaye. Nous sommes à 670 mètres d’altitude et je ravale ma déception : c’est "jour blanc“, pas de vue sur la vallée. Un homme de 73 ans m’accueille, qui dégage une étonnante impression de vigueur.
« Vous êtes la journaliste de Pep’s ? C’est un très bon magazine, j’apprécie beaucoup. » Michel Grangemard est visiblement doué pour les relations humaines. Il me guide jusqu’au vestibule où je laisse mon sac, mon manteau, mes chaussures. « Je vis là où je suis né, commente-t-il. C’est la ferme de mes grands parents. » La pièce à vivre est rénovée avec de larges ouvertures sur un paysage « exceptionnel »… je me console avec un petit café.
« J’ai commencé à travailler à 14 ans. J’étais coiffeur dans la plaine du Forez. Je faisais des concours, j’étais passionné. » À peine le temps de sortir mon calepin que Michel est à raconter son parcours ! Il connaît la ligne éditoriale du magazine, et je me pose tranquillement sur le timbre de sa voix : « Puis j’ai tenu un salon à Ambert. Dans les années 80, j’avais cinq employés. J’ai formé des dizaines de coiffeurs. J’étais passionné. » Passionné, Michel semble l’être encore. « La fédération française m’avait nommé formateur national, puis conseiller professionnel. J’allais à Paris deux fois par an pour les grands défilés, puis je revenais transmettre ces lignes de coiffure à Clermont, Moulins, Vichy en organisant à mon tour des défilés. » J’attends que Michel dise qu’il était passionné, mais non. Pas cette fois.
« JE PARTAGE »
J’apprends que Michel organisait des défilés qui réunissaient 2 000 personnes à Ambert, autour de 24 commerçants, avec « le dessinateur le plus rapide du monde » qui venait gratuitement dessiner en live. J’apprends qu’il a accompagné la mixité dans les salons en formant les coiffeurs aux coupes pour hommes et pour femmes. Qu’il s’est engagé bénévolement dans le syndicat d’initiative et le centre intercommunal d’animation en pilotant « Ambert côté jardin » ou encore « L’art dans la rue, dans une ambiance de place du Tertre sur la butte Montmartre : des milliers de visiteurs sur deux jours et une centaine de peintres ». Mais je comprends vraiment ce que signifie le mot passion quand Michel dit : « On m’a aussi demandé de créer un marché de Noël avec de petits cabanons. Je n’en avais pas envie… mais je l’ai fait quand même. » La passion de Michel, ce n’est donc pas la coiffure, le show ou Paris ; c’est le partage.
UNE ÉDUCATION TOURNÉE VERS LES AUTRES Je subodore que la suite est à l’avenant, et que Michel n’attendait pas une retraite bien méritée pour enfiler des charentaises. Des dossiers épars d’Initiative Thiers Ambert jonchent la table. Je l’interroge. « Je suis membre de l’association et parrain. Nous accompagnons les gens qui veulent acheter, créer ou reprendre une entreprise. Nous octroyons des prêts d’honneur à taux zéro pour compléter les apports de fonds personnels. » J’ai l’impression d’avoir soulevé le couvercle d’une marmite sur le feu. Michel n’a pas besoin de dormir beaucoup. Pour lui, c’est naturel de s’investir sur le territoire – « je l’ai toujours fait ». Sa motivation vient de son éducation, dit-il : tournée vers les autres.
DES ARDÉCHOIS, DES VILLEURBANNAIS, ET D’AUTRES ENCORE
« Actuellement, j’essaie d’aider un jeune couple avec quatre enfants. Ils sont à trois kilomètres d’ici. Ils ont repris une pisciculture en liquidation judiciaire, et ils ont besoin de plein de choses » raconte Michel. « Je suis assez sensible et ils m’ont touché » ajoute-t-il comme pour se justifier. « Je leur ouvre mon réseau, je les aide à vendre leurs produits en fin d’année, je leur prête une remorque pour transporter les alevins… » Michel planche aussi sur le dossier d’une famille hôtelière à Villeurbanne qui s’intéresse au très bel Hôtel des Voyageurs de Vertolaye. Des exemples comme ceux-ci, j’imagine aisément qu’il y en a beaucoup d’autres.
UNE DYNAMIQUE TRÈS POSITIVE DEPUIS CINQ ANS
Michel sait ce que je suis venue chercher et continue à dérouler le fil d’un récit encourageant. Il indique que, « depuis la pandémie, le comité d’Initiative Thiers Ambert reçoit deux ou trois dossiers d’installation chaque mois. C’est beaucoup ». Il constate que « ça a changé : certains viennent des grandes villes ». Pour lui, « les gens qui viennent de l’extérieur sont vraiment positifs. Ils portent un autre regard sur notre région. Ça redistribue les cartes et il existe un meilleur équilibre maintenant sur le territoire ». Il rend aussi hommage à l’engagement de Patricia Valma, sous-préfète pendant quatre ans, « qui a apporté beaucoup de positivité ». Finalement, je suis obligée d’arrêter le récit de Michel qui aurait encore des dizaines d’exemples à donner des gestes qu’il fait pour la réussite des autres.