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L’organisation, je l’ai acquise grâce à mon père. Il a davantage les réflexes de chef d’entreprise par son expérience mais nous sommes très complémentaires. Il me transmettra les rênes. Mais il ne faut pas lui parler de retraite, au risque de le fâcher !
Le bâtiment en tôle gris nous apparaît, immense, depuis la route, avec ses lettres majuscules A et T pour Auvergne Thermolaquage. Situé face à la maison familiale, il semble seul, au milieu des champs et des bois, chatouillé par la brume matinale. À l’intérieur, l’activité bat déjà son plein : Jules et son père Christophe sont sur le pont depuis 6 h 30. La journée promet d’être longue. Mais quand on aime, on ne compte pas.
« Bienvenue à Job, l’un des plus grands villages du Puy-de-Dôme par sa superficie, pas par son nombre d’habitants ! », déclare Jules, la pupille fière et brillante. En pénétrant dans le bâtiment, nous nous attendons à voir d’autres personnes à l’œuvre, pourtant ils ne sont que deux à travailler ici : Jules, 25 ans et son Pap’, Christophe, de 30 ans son aîné. « Nous sommes juste tous les deux et tenons à notre liberté », affirme le jeune homme, sourire en coin. Les deux sont assortis : pantalon de travail, chaussures de sécurité et combinaison blanc immaculé. Le style se veut sobre et professionnel, à l’image du parler, franc.
Présentations faites, Jules nous conduit voir la chaîne de thermolaquage lancée l’an dernier ; une spécialité qui n’existait pas sur le territoire. Nous découvrons trois salles, chacune abritée dans un cube d’environ 20 m2, côte à côte : à droite, celle dédiée au décapage, au milieu, la salle de peinture, à gauche, le four de cuisson. Le four est le seul investissement consenti par le père et le fils qui fabriquent tout de leurs mains. Jules nous propose d’assister à la mise en pratique et enfile pour cela un masque à air comprimé. Nous restons à l’écart, observant chaque geste, mesuré : « Le décapage se fait dans une salle étanche où l’on projette de la grenaille métallique pour décaper nos pièces, enlever la couche de protection et la rouille qui se développe même sur une pièce neuve », explique-t-il.
Pour l’heure, 230 mètres de barrières de sécurité attendent leur traitement. Chacune pèse 200 kg, de quoi en faire souffrir plus d’un ! Pour faciliter leur port, le fils et le père les tendent sur un convoyeur où elles coulissent sur des rails. L’ingéniosité a du bon, ça glisse comme sur du beurre.
Après le décapage, le jeune homme pulvérise, à l’aide d’un pistolet, une fine poudre très fine de peinture semblable à de la farine. Vient ensuite la cuisson, 15 minutes à 150°C. « La peinture durcit et se transforme en coque de protection, offrant un aspect homogène et éclatant. Les pièces sortent ensuite du four, la couleur est appliquée, puis elles cuisent à nouveau », nous enseigne Jules. Une odeur particulière se diffuse, industrielle mais pas désagréable. « On est quand même mieux en atelier, surtout cette semaine où il pleut », s’amuse Jules.
Un duo complice et fusionnel
Pendant la cuisson, le jeune associé nous invite à boire le café dans la maison familiale, de l’autre côté de la route. La pluie nous fouette vivement le visage, mais une fois dans la cuisine, la chaleur du breuvage nous réconforte. Assis face à face, Jules nous remonte le fil de son histoire. C’est l’aîné de la fratrie, deux sœurs le suivent : toutes deux en faculté de médecine. Lui s’est formé au métier d’élagueur grimpeur paysagiste mais n’a quasiment pas travaillé au contact de la nature, freiné par des obstacles administratifs. Sans regret, car son but premier était de travailler en famille, occupant fièrement la 5e génération chez les Berthéol, peintres-plâtriers de père en fils. « J’ai racheté la moitié de l’entreprise il y a 2 ans et nous avons créé Auvergne Thermolaquage en septembre 2024. Mon père voulait développer cette expertise depuis plusieurs années, mais il était seul. Il faut être deux pour manutentionner les pièces », précise Jules qui a senti dès le plus jeune âge sa vocation. « Tout petit, je voulais travailler avec mon papa. Nous partageons plein de choses, la passion du travail, une activité manuelle qui nous plaît, et la volonté d’être à notre compte ».
Les associés ne sont jamais loin l’un de l’autre, chacun avec son caractère, Jules, calme et tempéré comme sa maman, Christophe, expansif. Ce dernier en profite pour nous rejoindre dans la cuisine et nous confier, fier comme père, « je ne pourrais pas rêver mieux que de travailler avec Juju », son fils.
Les idées fusent… jusqu’à créer leur marque locale
Le duo a le même regard bleu profond, brillant de détermination, avec la satisfaction de répondre à un besoin sur le territoire. « Nous n’avons pas de concurrence à 2 h à la ronde, nous informe Jules. Nous travaillons avec les serruriers-métalliers pour peindre leurs garde-corps, portes métalliques, portails, verrières… Mais pas que ! Le procédé de thermolaquage, écologique et durable, intéresse aussi les particuliers, par exemple pour rénover un portail en fer forgé, des jantes automobiles… Les possibilités du thermolaquage sont infinies et couvrent de nombreux secteurs ! »
Les artisans nous invitent ensuite à pénétrer dans le bâtiment annexe, plus ancien, où nous découvrons un florilège de matériels : la machine à transformer le bois, du matériel électroportatif, une commande numérique à faisceau plasma et une plieuse. C’est ici que sous leurs mains expertes, du mobilier à partir de feuilles d’acier et de bois prend forme : tables, chaises, consoles, lampes, plateaux… « Quel plaisir de fabriquer de nos mains et de voir que ça plaît ! », confie Jules. Dix modèles design et épurés viennent d’être déposés au sein de l’Institut national de la propriété industrielle, sous la marque « La Pugerie », du nom du hameau où ils sont installés. Certains meubles sont déjà exposés au sein de la boutique de déco « Mise en scène » à Ambert. La marque, en plein lancement, devrait essaimer dans des boutiques indépendantes.