Veuillez patienter pendant le chargement...
Nous sommes surexcités à l’idée de rencontrer Étienne alias @le_dur_de_la_feuille sur Insta ! Son compte est si populaire que sa réputation le précède. Portrait d’un des derniers artisans papetiers de France
Sur les hauteurs de Marsac-en-Livradois, le printemps est une féérie. Des milliers de minuscules fleurs violettes et jaunes tapissent les prés rappelant les incrustations du papetier. Le voilà, justement. Jean bleu, t-shirt blanc, yeux bleu azur, cheveux blonds noués au sommet du crâne. Étienne a 29 ans. Nous coulons dans les petits fauteuils du salon de jardin avec vue sur les monts du Forez. Comme nous goûtons cet instant, Étienne nous rejoint : « J’ai un côté explorateur qui revient toujours au pays. J’aime trop ma région. Chaque retour ici était si fort, la nourriture, la jasserie familiale avec sa source… j’adore. Je reste. » Les plages de rêve et destinations du bout du monde n’ont plus de secret pour lui. Maintenant, Étienne va pouvoir se poser dans la plus belle région du globe : la sienne.
EXPLORER LA CRÉATION ARTISANALE
Ayant jeté l’ancre, Étienne parle encore d’exploration. « Même si j’ai fait des études de sport, j’adore le travail du bois, du papier. J’ai envie d’exploiter ces talents en développant des gammes créatives de qualité. » Comme nous semblons sceptiques, Étienne livre un aperçu de ce que peuvent être les débouchés commerciaux du papier artisanal : « C’est une production à la demande pour les particuliers et les artistes. Le sur-mesure intéresse les aquarellistes, les dessinateurs, les peintres. Il y a d’autres possibilités. Le papier à fleurs, par exemple, est utilisé pour les étiquettes de bouteilles de vin, les abat-jour, les menus de restaurant, les faire-part de mariage, l’impression de poèmes. Il y a plein d’usages à inventer. » Attaché aux savoir-faire ancestraux du Livradois[1]Forez, ce papetier explorateur pourrait en réinventer les codes.
LES SAISONS AU MOULIN
Alors, comment Étienne est-il devenu papetier en 2023 ? Un « pur hasard ou presque ». À l’été 2022, il est recruté au moulin Richard de Bas pour aider le papetier durant la saison haute. « Il fallait être polyvalent, bricoleur et costaud ! pour porter 25 kilos à bout de bras quand on sort les plus grands formats de feuilles de la cuve. C’était pour moi. » Il s’entend très bien avec le maître papetier et il apprend vite. Dans le moulin entièrement mécanique, il répète des gestes effectués pour la première fois en Chine au IIe siècle avant Jésus Christ . « Il y a quelques évolutions, mais les gestes sont sensiblement les mêmes », précise-t-il. La seconde saison est éprouvante : le maître papetier s’est coincé le dos, Étienne doit assurer toute la production à lui seul.
LE DUR DE LA FEUILLE
Qu’importe, puisqu’il s’estime « hyper chanceux ». Il a « visité le moulin étant petit, comme tout le monde ici. C’est un monument exceptionnel et assez unique en France, où les moulins à papier mécaniques se font rares ». Le nom de son compte Insta traduit finalement son approche du métier. « Dur de la feuille » : un jeu de mots qui souligne le contraste entre les bras musclés et la finesse du papier. Quant aux sons qui l’entourent, Étienne adore celui « de l’eau, de la planche qui plonge. C’est très ASMR*, avec un côté hypnotisant. » Il aime « le travail de la matière et le contact avec le public », il se sent « privilégié » et sa motivation l’aide à surmonter les difficultés. Il apprend « le fonctionnement de l’eau, du moulin, le bricolage pour entretenir l’outil et fabriquer les feuilles en gérant tous les paramètres »
EN TRANSITION PROFESSIONNELLE
Maintenant, Étienne est détenteur d’un savoir-faire rare. Le moulin ayant été racheté, le papetier explorateur s’est questionné sur son avenir professionnel. « C’est difficile d’être reconnu quand on fait de l’artisanat d’art. Le métier n’est pas codé », commente-t-il. Nous ne sommes pas inquiets, le jeune homme a de la ressource : « Il y a un engouement pour l’artisanat écoresponsable. J’ai reçu des demandes du monde entier sur Instagram pour des collaborations. Comme j’étais salarié, je ne pouvais pas dire oui. Localement aussi, il y a plein de gens intéressés pour faire des projets. » Les opportunités semblent finalement prometteuses et Étienne se prépare ! Il aménage en ce moment sa grange pour démarrer au plus vite son activité d’artisan papetier.