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Énergies positives > Véronique Arnaud

Portait de Véronique Arnaud, Savoir-faire traditionnels et architecture vernaculaire dans la peau

Véronique Arnaud

CAP MAÇON – ÉCOCONSTRUCTION À OLLIERGUES
Greta Livradois Forez, 63600 Ambert

Florasse. À la lisière du bois, un vaste ensemble de bâtis traditionnels. Nous avançons jusqu’à la cour. Aboiements de chiens, piaillements d’oiseaux. Tout est verdure. Véronique Arnaud vient à notre rencontre.

La soixantaine, Véronique Arnaud nous fait entrer dans un ancien atelier, son nouvel espace de vie, tandis que d’autres bâtiments autour de nous sont visiblement en rénovation : « C’est un projet familial collectif, explique-t-elle en prenant nos manteaux. Il y a trois granges, deux maisons, la forge. Nous sommes huit personnes et des bébés en route ! ». Un modèle d’habitat participatif et solidaire à petite échelle. On dit bravo, et merci pour le thé fumant. Quant à Véronique, elle est plutôt café.

LE REFUGE DANS LA TEMPÊTE
Elle a baroudé, on ne retient pas tout. Mais Ambert Livradois Forez est le territoire où elle a grandi et où elle a souhaité revenir vivre à la quarantaine « pour offrir une vraie qualité de vie aux enfants ». Elle avait accepté un poste de d’un collectif savoyard. Maintenant elle construit des poêles de masse en terre : « une flambée chauffe la maison pendant 48 heures ! ». Des trajectoires comme celle-ci, des installations de familles entières sur le territoire, Véronique en a plein à raconter.

LES SAVOIR-FAIRE TRADITIONNELS MENACÉS
Alors ce CAP, c’est un succès non ? Véronique s’échauffe. Oui et non. Elle explique que, même sur un projet Pôle Emploi, on peine à recruter des profils « classiques », demandeurs d’emploi non qualifiés, un public difficile à convaincre. Alors, souvent, ce sont des profils atypiques qui se positionnent. Des gens qui ne rentrent pas dans les cases. Donc qui suscitent des a priori. « Aujourd’hui le bouche-à-oreille fonctionne. En septembre dernier, le GRETA a reçu huit candidats alors qu’il n’y a eu ni opération de communication ni appel d’offres ».

ÉNERGIE POSITIVE
Conseillère formation au GRETA : « Il y a 20 ans, il y avait déjà un regain d’intérêt pour les métiers manuels de la part des cadres et des professions intermédiaires, mais aussi de personnes diplômées en quête de sens ». Et enchaîne : « On vit dans un monde complexe, paradoxal, qui fragilise ». Sa parole est facile, profondément humaine. Le bois crépite dans le poêle et j’ai le sentiment d’avoir trouvé un refuge au cœur de la tempête.

2009, LA CRÉATION DU CAP MAÇON ÉCOCONSTRUCTION
Quelque temps après son retour au pays, Véronique a initié le CAP Maçon écoconstruction, véritable projet de territoire, pour répondre à la demande et aussi à la perte des savoir-faire traditionnels. Rentrée 2009, première promotion. Elle se souvient de Clément, de Julie et de bien d’autres avec émotion. « Ces personnes et les suivantes veulent toutes vivre sur un territoire à taille humaine. Ce sont des profils atypiques qui ne cherchent pas la sécurité de l’emploi et s’engagent dans de multiples activités, créent des liens avec les autres, avec la nature, avec le territoire ». Elle nous raconte l’histoire de Julie, ingénieure informatique, parisienne, mère de trois enfants en bas âge, menue, discrète. « Toute la famille s’est installée dans un mobil home le temps du CAP ! ». Ensuite, Julie s’est spécialisée en fumisterie et en thermique au sein On sent bien que Véronique n’a pas tout dit. Il reste un morceau coincé en travers. Elle parle d’une centaine de stagiaires depuis la création du CAP, se souvient de temps forts où les acteurs du territoire se mobilisaient pour son maintien. « Les modalités de financement ne permettent pas de fidéliser une équipe de formateurs dans le temps. Tout est remis en jeu chaque année, c’est tellement fragile ».

UN AVENIR DÉSIRABLE
Véronique le dit tout de go : « Je suis en colère, oui, en colère ! ». Son humeur contraste avec l’inertie du bois, de la pierre, de la chaux, des tapis et des tommettes au sol. « Il faut soutenir les jeunes qui s’engagent dans la vie rurale. Ce sont des gens formidables, motivés, travailleurs ». Elle dénonce la grossièreté de certains aménagements comme les « zones pavillonnaires » et les « blockhaus » dans un paysage où le bâti initial état totalement intégré à son environnement. Pour elle, cela ne va pas dans le bon sens. Alors, à son échelle, tel un colibri, elle construit patiemment un projet de vie désirable avec ses proches, ici et maintenant. Elle projette des ateliers : bois, peinture. Les trois ménages préparent « un énorme potager, l’eau de source est captée ». Ce lieu de vie intergénérationnel et résilient, c’est un rêve qui prend corps. « Tous les gens qui s’installent ici sont là-dedans et la crise du Covid n’a fait qu’amplifier le mouvement ». Une perspective qui donne du baume au cœur de Véronique.